La bastide endormie


 

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Vaisseau de pierres sans vie ,
Veiné de vigne vierge ;
Silhouette drapée d’un linceul de brume ;
Maison esseulée aux volets scellés ,
Vers quel chemin d’errance ,
Ton âme défaillante ,
Privée de clairvoyance ,
S’est-elle égarée ?

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Si tes murs séculaires pouvaient parler ,
Du sablier des jours égrenés ,
Les brèves minutes d’apogée
Et les langueurs enneigées ,
Les détails , me conteraient .

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Écailles de tuiles écartelées :
Ecchymoses sur toits de lauses .
Ci-gît , à l’agonie ,
Un logis gémissant ,
Une demeure sans clameurs .

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Les heures au cadran d’or ne sonnent plus ,
Au cadre de porte , dorment les heurts .
Dans l’âtre , le feu de hêtre ne crépite plus ,
– Foyer au voile de crêpe noir – ,
À jamais , feue est la flamme des êtres .

Sur le linteau , subsiste un signe ouvragé ,
Initiales de justes , juxtaposées .
Sous le seing de deux lettres ,
Le scellement de deux êtres ;
Et un an de grâce gravé :
Pierre et Judith , 1725 …

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Isadova

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